Les communications télégraphiques à longue distance (Congo Belge) et la naissance de la radiophonie en Belgique sont dues à deux ingénieurs, l’un belge, l’autre d’origine française: Robert Goldschmidt et Raymond Braillard.


Construction de la station de Laeken
A l’initiative du roi Albert I, une puissante station intercontinentale de Télégraphie Sans Fil, destinée à entretenir le contact avec le Congo, fut construite à Laeken.
Elle fut achevée en 1913 et des essais fructueux furent poursuivis jusqu’en août 1914. Le poste de Laeken fut un des plus puissants du monde.
Sa construction fut difficile en raison de la grande puissance électrique, formidable pour l’époque, qu’il fallait maîtriser. Un moteur de 300 chevaux (une autre source mentionne 400 ch.) entraînait un alternateur de 1000 périodes pour lequel on fournissait une tension de 6 000 volts.
La longueur d’onde maximale était de 10.000 mètres qui devait couvrir la distance de Bruxelles à Boma. (soit 6.300 km).L’étincelle était produite dans un éclateur étudié pour produire une excitation par choc.
L’antenne était constituée de 77 fils de 600 mètres de long supportés par 8 pylônes de 80 et 125 mètres.
Une neuvième antenne était en construction au début de 1914. Il s’agissait d’un mât carré avec des côtés de 18 pieds (5.5 mètres) et 1000 pieds de haut (333 mètres). Un ascenseur devait être installé pour atteindre le haut. Il devait être placé entre les autres mâts pour soulever l’antenne et augmenter ainsi le rayon d’action.
Lors des premiers essais de transmission, un » speaker » demandait à tous ceux qui écoutaient d’envoyer un rapport d’écoute. Il se nommait Joseph Longé. (« Seventy Years of Broadcasting in Belgium » Richard E.Wood).
La reine Elisabeth était très intéressée par les travaux de Goldschmidt, elle reçut tout un cours pratique de T.S.F. enregistré sur des rouleaux de phonographe en cire. Elle apprit également l’alphabet morse.
En 1913, l’ingénieur italien Marzi construit un émetteur expérimental dans une annexe du château royal de Laeken, il s’agissait d’un émetteur Moretti à modulation par éclateur rotatif avec un micro à grenaille de charbon mis au point par Marzi. Il émettait sur une longueur d’onde de 700 mètres.
La première émission aura lieu le 28 mars 1914, et sera donnée en l’honneur de la Reine Elisabeth, ensuite l’émission d’un concert vocal et instrumental sera donné tous les samedis soirs de 17 à 18.00 h et de 20h30 à 22h sur la fréquence de 165 kHz avec un émetteur d’une puissance de 2 KW.
La Belgique fut le premier pays au monde à retransmettre un programme radiophonique.
Quand la guerre éclata, le matériel de la station de Laeken servit à monter en très peu de jours des stations de campagne à Liège, à Namur et à Anvers. Les deux premières stations furent rapidement détruites, mais la station d’Anvers fut démontée au moment critique et transportée à Londres, où elle fut installée à bord d’un fourgon automobile. Elle devint la première station puissante de campagne de l’armée belge.
Références :
La télégraphie sans fil au Congo Belge, par Robert Goldschmidt et Raymond Braillard.
Le Moustique. (Jo Gérard)
Les constructeurs d’automobiles belges.
Internet : Earlyradiohistory.
Anciennes revues de l’UBA et Radiovisie.
Radio Vlaanderen international
Destruction de la station.
L’auteur de ce texte est : Henry M. de GALLAIX. Témoin oculaire.
Article paru dans Radio Amateur News, November, 1919 Pages 220. (en anglais)
Le mercredi 19 août 1914 des rumeurs les plus contradictoires arrivèrent à Bruxelles. Les uns affirmaient que les Allemands étaient à Louvain et ne voulaient plus attendre pour arriver à Bruxelles et d’autres disaient que la capitale était protégée par des troupes qui l’entouraient.
Néanmoins, le départ précipité de la Reine Elisabeth a semblé donner raison aux pessimistes. Un autre événement inattendu et plus convaincant prouva que la menace de l’ennemi était réelle
Aux environs de 1 heure de l’après-midi, une violente explosion était entendue dans la direction de Laeken, près de Bruxelles. Par hasard je me trouvais assez près. J’ai d’abord pensé qu’on avait fait sauter le pont, quand soudain j’ai vu un des mats sans fil se plier et tomber par terre. A peine remis de ma surprise, une autre explosion s’est produite, plus violente que la première, et un deuxième mât est tombé. Je me suis dit : ‘’ils font sauter la station, les Allemands doivent être tout près’’. J’ai essayé de me rapprocher mais à 200 mètres de la station, j’ai été stoppé par un cordon de police. En faisant un détour j’ai pu m’approcher de la station et je n’en étais plus séparé que par le canal de Willebroek.
J’ai attendu quelques moments, et alors le bruit caractéristique d’un avion ‘’Taube’’ m’a fait lever les yeux. Il est venu lentement vers moi et est descendu jusqu'à ce que j’aie pu voir la croix noire peinte sur ses ailes. Il a volé au-dessus de la station, tournoyant deux fois et puis est parti dans la direction de Louvain soudain un coup de feu partit près de moi suivi par d’autres et ceci pendant quelques minutes. L’avion se voyant pris comme cible à tourné et a disparu progressivement.
Un groupe d’ingénieurs militaires belges courraient de l’autre coté du canal et me criaient ‘’ Faites attention, sauvez vous’’. Sans savoir pourquoi, j’ai reculé de quelques mètres. Une troisième explosion s’est produite et un troisième mat est tombé. Les soldats sont revenus et l’un après l’autre les mâts sont tombés.
Les soldats avaient coupé les câbles d’un côté de sorte que les mâts tombaient de l’autre côté ; après avoir miné les fondations ils allumèrent les fusées et se retirèrent aussi vite que possible.
Un mât a été empêché de tomber à cause du mât voisin, dans un autre cas l’explosion a seulement secoué le mât et les opérations de dynamitage ont du être recommencées jusqu’à ce que tout soit détruit. Vers 3h.30 les antennes étaient détruites, mais la station de transmission et de réception était encore intacte. Cette station était située dans un tunnel sous la route de Vilvoorde entre le canal de Willebroek et l’endroit où se trouvaient les mâts.
(Les automobilistes qui vont à Anvers en venant du boulevard Lambermont passent sur le pont Van Praet, et au moment où ils tournent à droite et passent sur le tronçon de route qui va du Yacht club house jusqu’au début de l’avenue Van Praet, roulent sur les tunnels (murés à ce jour) qui reliaient les quais du canal au domaine Royal, dans lesquels ce trouvaient les installations.)
Il était seulement possible d’emporter certains des instruments légers, le reste a dû être détruit. Les pièces les plus sensibles étaient cassées au marteau, et pour la destruction de la station on a utilisé de la dynamite. L’explosion était si violente qu’une partie du parapet de granit a été cassée et une grande crevasse s’est ouverte dans le plafond du tunnel.
Pour terminer, afin que même les ruines ne puissent pas être réutilisées, la station a été remplie de paille et de foin et on y a mis le feu. Une fumée dense s’est élevée du tunnel. Elle est restée au-dessus du canal jusque dans la soirée et les derniers éclats des flammes n’étaient pas éteints quand l’ennemi est apparu sur la scène.
Nous avons appris par après que les Allemands avaient espéré saisir la station sans fil qui les aurait mis en communication avec les points les plus éloignés du théâtre des opérations.
Des ordres avaient été donnés à une troupe de cavalerie en marche forcée, mais les autorités belges, averties de ce mouvement, ont pu les devancer. Les plans allemands ont été déjoués, mais Monsieur Robert Goldschmidt perdit une grosse somme et le bénéfice d’un travail patient de trois années.
Pour la petite histoire, signalons que quelques éclateurs type Laeken furent cachés pendant l’occupation allemande sous l’autel d’une chapelle bruxelloise (Couvent des Barnabites) et que chaque jour, sans s’en douter, des prêtres allemands officiaient à cet autel.


Mars 1913: au Palais royal de Laeken, Marzi essaie son micro et se livre à la première expérience d’émission radio.
Sources :
http://100ansderadio.free.fr/HistoiredelaRadio/1913.html